Madagascar l'île rouge


À la fin du trias et au début du jurassique la Pangée se disloque pour donner naissance à deux supercontinents: Laurasie et Gondwana 


Le gondwana avant sa fragmentation
AMS : Amérique du Sud, AFR : Afrique, PA : péninsule arabique, MD : Madagascar, IND : Inde, ANT : Antarctique, AUS : Australie, Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Guinée, Nouvelle-Calédonie.

Comme on le voit dans cette photo l'Inde était rattachée à Madagascar qui elle même était rattachée au continent Africain.

À la fin du Crétacé (145 à 66 millions d'années), l’Inde se détache de l'Afrique et accélère sa course à la vitesse de 5 cm par an vers le Nord à la rencontre de l'Eurasie pendant 20 millions d’années.
Au début du Trias, toutes les terres étaient rassemblées en un super-continent : la Pangée. 

À la fin du Trias et au début du Jurassique, la Pangée se divisa il y a environ 200 millions d'années en deux continents : Laurasia et Gondwana.

Qu'est ce que le Gondwana ?

Le supercontinent gondwana s'est formé voici 600 millions d'années. Il a été nommé ainsi par le géologue Eduard Suess  à partir du nom d'une région indienne, Gondwâna, où des traces de son existence persistent encore à ce jour.

dislocation du Gondwana : 

Au Jurassique le Gondwana s'est fragmenté à son tour et a évolué vers la configuration actuelle des continents.

Voici les continents et pays qui formaient le Gondwana et qui en sont issus :

L'Afrique, l'Arabie, l'Inde, Madagascar, l'Antarctique, l'Australie, l'Amérique du Sud, la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande.

L'Île Rouge n'en sera plus une d'ici quelques millions d'années.

Le continent Africain se sépare lentement le long de la vallée du Rift Est-Africain, ce qui a des répercussions jusqu'à Madagascar qui elle-même se divisera également en îles plus petites.

Le sud et le centre de l'île de Madagascar se déplacent dans deux directions différentes

Une nouvelle étude menée par Sarah Stamps du Département de Géoscience de Virginia Tech et publiée dans la revue Geology a conduit à cette conclusion. 

Pour y arriver, les géologues ont effectué des relevés GPS en Afrique de l'Est, à Madagascar et sur plusieurs autres îles de l'océan Indien. Et ils ont constaté que l'île de Madagascar était en train de se morceler : le sud porté par la plaque Lwandle, se détache du reste de l'île, tandis que le centre porté par la plaque Somalienne se déplace dans une autre direction à un rythme de quelques millimètres par an.

Le reste de l'île est également sujet à un complexe processus de division qui s'étend jusqu'aux Comores.

Ce processus s'achèvera par la formation d'archipels. Les grands bouleversements prévus n'auront pas lieu avant quelques millions d'années quand l'écartement des terres donnera naissance à de nouveaux océans. En attendant, ce travail permettra de mieux appréhender l'activité sismique et volcanique récente et en cours dans les Comores.

Madagascar la  "Grande île"

texte tiré du site "Hérodote.net".

Séparée de l'Afrique par le canal du Mozambique, Madagascar a très peu de caractères communs avec le continent noir, qu'il s'agisse de la géologie, de la flore et de la faune, ou encore de son peuplement, originaire de l'Insulinde (Indonésie et archipels mélanésiens). D'une superficie de 

587 000 km2, l'Île est plus vaste que la France.

l'ile n'est séparée de l'Afrique que par le canal de Mozambique, à peine large de 500 kms, mais son peuplement doit très peu au continent noir. 

La plus grande partie de ses habitants sont arrivés il y a 2000 à 3000 ans sur des pirogues en provenance de l'Insulinde, après avoir traversé tout l'océan Indien. Tous parlent peu ou prou la même langue, proche des langues de l'Insulinde. 

Jeune fille imerina des hauts plateauxLes premiers arrivés, de type malais ou indonésien (teint cuivré et cheveux raides) ont occupé les hauts plateaux du centre où ils ont introduit la riziculture irriguée en terrasse (une technique tout à fait inconnue du continent africain).

   Culture du riz en terrasse

Jeune fille sakalava de la côte occidentale de Madagascar (années 1950)Plus tard sont arrivés des navigateurs de Mélanésie, apparentés aux Kanaks ou aux Papous (teint noir, cheveux crépus).

Ils ont occupé les autres régions, moins hospitalières et formé différentes communautés : Sakalava (côte ouest), Betsileo (centre), Betsimisaraka (côte orientale)...

Au Moyen Âge et jusqu'au début des Temps modernes, les navigateurs arabes et indonésiens ont plus tard entretenu des relations commerciales avec les petits royaumes et les chefferies de l'île. (Madagascar était en effet un royaume.) Le premier Européen qui l'ait abordée est le Portugais Diego Diaz, le 10 août 1500, jour de la Saint Laurent, d'où le nom de Saint-Laurent qui lui a d'abord été donné. Mais ni les Portugais ni leurs rivaux hollandais et anglais n'ont manifesté d'intérêt pour cette île qui n'avait ni or ni épices. 

Madagascar est  surnommé « la grande île rouge » à cause de ses sols gorgés de latérite (terre rouge). Les sols rouges sont prépondérants dans les hauts plateaux du centre.

La latérite aussi appelée bauxite sert à fabriquer des briques rouges et on en extrait aussi de l'aluminium.




Madagascar est le premier producteur mondial de pierres précieuses, notamment le saphir, le rubis, les tourmalines multicolores, l'émeraude, l'améthyste, la cordiérite, l'aigue-marine et le grenat. Madagascar est également une source importante de graphite, ce qui en fait le deuxième producteur d'Afrique. En plus, Madagascar est le troisième producteur africain de chromite. De l'oxyde de titane se trouve en grandes quantités dans les sables de plage situés près de Toalagnaro, mais il faudrait détruire 75% de la forêt côtière de cette zone pour l'exploiter.

De vastes gisements de pétrole se trouvent à l'ouest de Madagascar, mais leur extraction nécessiterait l'injection de vapeur, ce qui est à la fois technologiquement difficile et coûteux. Les gisements de pétrole de Tsimiroro et de Bemolanga sont estimés à 11,5 milliards de barils."

Source wikipédia.


Situation de l'île sur le plan du tourisme, de l'environnement, de la préservation de la faune et de la flore. 
MADAGASCAR : UNE BIODIVERSITÉ À COUper le souffle.
La variété des climats et reliefs ont favorisé le développement de plusieurs espèces singulières. Les forêts tropicales humides (à l’Est du pays) et sèches (au Sud et à l’Ouest) sont sans aucun doute l’un des espaces les plus riches de la planète en termes de biodiversité.

L’île concentre 294 espèces d’oiseaux dont 107 sont endémiques et 247 espèces d’amphibiens dont 245 sont endémiques (endémiques veut dire qu'on ne les trouve que sur cette île).

Ses gigantesques baobabs, ses primates exceptionnels - comme les lémuriens - ou son patrimoine culturel riche font de Madagascar une île insolite.

Ce territoire est un mélange d’influences africaines, indiennes et extrême-orientales qui propose des paysages variés et une diversité biologique exceptionnelle, reconnue mondialement.

la côte ouest malgache, est réputée pour ses paysages pittoresques et est dominée par de magnifiques plages de sable blanc et d’impressionnantes baies rocheuses.

Le canal du Mozambique recèle une incroyable faune marine : requin-baleine, raie manta ou même baleine à bosse. La beauté des coraux laisse également sans voix, offrant des fonds marins colorés et pleins de vie.

Outre ses fonds marins merveilleux, la côte ouest malgache recèle des plages de rêve et des réserves naturelles. Localisé au large de la côte nord-ouest malgache, Nosy Be est une « grande île » (320 km2), entourée de nombreuses petites îles, dont certaines sont encore désertes.

Également connue sous le nom de « L’île aux parfums », elle est réputée pour son hôtellerie de luxe, ses cultures d’ylang-ylang, de vanille, de girofle, de café et de canne à sucre.

La deuxième plus grande île, Nosy Komba, est plutôt propice à la randonnée en forêt, pour partir à la rencontre des maîtres des lieux, les lémuriens. Les plages sont bien évidemment paradisiaques, bordées par des eaux turquoises et translucides, facilitant l’observation des poissons multicolores : banc de barracudas, de mérous, de poissons perroquets. Dans le parc national marin de Nosy Tanikely, on peut voir des dauphins.

L’observation des baleines à bosse est possible de juillet à septembre.

Le canal du Mozambique est également caractérisé par la grande barrière de corail de Tuléar.

À l’intérieur des terres on découvre des plantes épineuses et des baobabs.

Les autres destinations qui méritent le détour comprennent Mangily et la forêt des Mikea, Belo sur Mer et ses salines à perte de vue…

Oui mais voilà, si l'île possède un paysage de carte postale elle a aussi son revers de la médaille.

En effet la majorité de la population malgache vit dans la pauvreté.

Ce qui poussent certains à commettre certaines illégalités pour vivre ou tout simplement survivre.
La population de l'île souffre particulièrement du chômage, du manque d'eau et d'électricité.

Un PATRIMOINE NATUREL En péril

La destruction des forêts prend une ampleur alarmante sur l’île. Actuellement, il ne reste que 10 % des surfaces boisées originelles.

 

Trafic d’espèces sauvages

De par leur caractère endémique, les espèces sauvages malgaches sont très prisées sur les marchés étrangers. Le bois de rose, dur et prestigieux, est très demandé sur les marchés asiatiques, ce qui alimentent le trafic. Les tortues terrestres, les requins (pour leurs ailerons), les concombres de mer et les hippocampes, sont également exposés à ce commerce illégal. Tous les paysages terrestres et marins prioritaires sont touchés, et en particulier le plateau Mahafaly pour la tortue étoilée, une tortue terrestre.

Tortues étoilées de Madagascar (Astrochelys radiata)

L'agriculture sur brûlis

Chaque année, un tiers du territoire malgache brûle. Les incendies allumés pour le défrichage et les pâturages s'étendent sur les zones sauvages adjacentes. Cette pratique constitue la principale menace pour les forêts et cause de nombreuses répercussions négatives sur l’environnement, comme l’érosion et l'épuisement des ressources en eau. L’agriculture sur brûlis touche essentiellement le plateau Mahafaly et les forêts du Nord.

Tavy ou agriculture sur brûlis, Ambodihasina (Madagascar)

Exploitation forestière illégale

La valeur élevée des feuillus malgaches (principalement l'ébène et le bois de rose, qui peut coûter jusqu’à 2 000 dollars la tonne sur les marchés internationaux) fait de l'exploitation illégale un réel problème dans certaines zones protégées. C’est le cas dans les forêts tropicales de l’Est de Madagascar, et tout particulièrement dans la péninsule de Masoala.

Coupeurs de bois de rose illégaux, parc national de Masoala (Madagascar)

Exploitation minière artisanale et industrielle

Si l'exploitation minière artisanale est illégale et se fait dans des zones protégées, ce sont les activités industrielles (minière, gazière, pétrolière) qui ont les impacts socio-économiques et environnementaux les plus significatifs. Par exemple, une grande partie des côtes malgaches du canal du Mozambique, dans lequel se trouvent des aires protégées , des zones de pêche communautaire, des mangroves et des récifs coralliens, a été louée à des fins de prospection pétrolière.


sources : voyagemadagascar.com et WWF.


Le début de la période coloniale française.

Source Hérodote.net

En 1883, Jules Ferry, grand partisan de la colonisation, réclame le nord du pays et occupe les ports. Cependant une résistance efficace du Royaume de Madagascar les oblige à rebrousser chemin. En 1885, deux ans après cette intervention ratée, un traité de paix est signé qui accorde aux Français une concession de 99 ans dans le nord du pays. Le reste du pays est officiellement indépendant. En septembre 1895, une expédition française arrive à Tananarive. Le général Duchesne fait signer un traité de protectorat à la reine mais des soulèvements dans le pays font prendre à la France la décision d’annexer le pays (Août 1896). En février 1897, la monarchie est définitivement abolie et la reine est exilée. Le général français Gallieni, annexera tout le territoire faisant ainsi plusieurs dizaines de milliers de morts.

Une colonisation “civilisatrice” au dépens des populations

Si l’œuvre du Général Gallieni a souvent été considérée comme exemplaire dans la mission « civilisatrice » de la France, il faut également voir les milliers de malgaches tués dans la « pacification » de l’île et les milliers d’ouvriers sacrifiés pour la construction de routes. En 1947, des révoltes contre l’autorité française appelleront à la répression violente des troubles ; les estimations françaises de l’époque sont de 89 000 morts. Le pays accèdera à l’indépendance politique en 1960.

Madagascar et plus largement la zone "océan Indien" dans l'échiquier géostratégique mondial.


Pétrole ou biodiversité ? Géostratégie de la France dans le Canal du Mozambique

par Agnès Joignerez*

Le Canal du Mozambique est cet idyllique détroit de l’océan Indien qui sépare Madagascar de la côte africaine, plus particulièrement du Mozambique. Les pays côtiers du détroit incluent aussi les Comores et la France, grâce à l’île Mayotte et aux îles Eparses, nom sous lequel sont regroupées 5 minuscules îlots : Europa, Juan de Nova, Bassa de Nova et les Glorieuses, Tromelin. Mayotte et les îles Eparses font l’objet depuis plusieurs décennies d’un contentieux avec les Comores, Madagascar et Maurice.

En 1960, 87 jours avant l’Indépendance de Madagascar, le gouvernement français place les îles Eparses, jusqu’alors considérées comme des dépendances malgaches, sous l’autorité directe du Ministre de l’Outre Mer. C’est le Général De Gaulle lui-même qui insiste pour que ces îles restent françaises. Ce n’est qu’à partir de 1973(1) que Madagascar revendique plutôt mollement la souveraineté des îles Eparses, bientôt rejointe par Maurice. En 1979 et 1980, l’Assemblée générale des Nations unies a passé une résolution invitant la France à restituer les îles Eparses à Madagascar(2). Cependant, les îles sont restées dans le giron français, et les dirigeants successifs de Madagascar ont négligé à plusieurs reprises de porter la question à la tribune des Nations unies. En 2005, les îles sont placées sous l’autorité des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), qui ont la particularité d’être en dehors de l’Union européenne et permettent à la France d’y jouer sa partition en solo(3). En juin 2010, la France signe avec Maurice un accord-cadre de cogestion de Tromelin, accord qui mentionne que la France ne saurait renoncer à sa souveraineté sur Tromelin, ni sur les autres îles Eparses(4).

En 1974, les Comores deviennent indépendantes, mais Mayotte reste française par une entorse au principe d’intégrité territoriale des pays accédant à l’indépendance. Cette situation vaut à la France une première condamnation des Nations unies, en 1977, qui exige le respect de la souveraineté comorienne sur l’île(5), résolution suivie de nombreux rappels. Le référendum de 2009 approuvé à plus de 95% par la population mahoraise, fait passer Mayotte au statut de département d’outre-mer. Cependant, la légalité de ce référendum est questionnable, puisque la résolution des Nations unies interdisait à la France d’organiser tout référendum sur l’île.

Dans son allocution lors du colloque parlementaire consacré aux îles Eparses en 2009, la secrétaire d’Etat française à l’Outre-Mer, soulignait que la priorité était « le maintien des conditions d’exercice de la souveraineté française », par une présence humaine effective, jusqu’alors exercée par l’armée(6). Le rapport d’information du Sénat rédigé à l’occasion du colloque(7) insiste sur la « richesse et la beauté de ces îles, véritables réserves naturelles, qui doivent demeurer des espaces protégés et des sanctuaires de biodiversité »(8). Déclarés réserves naturelles depuis 1975, certains des îlots ne sont habités que par une poignée de fonctionnaires français, les autres sont inhabitables. L’accès est interdit à quiconque n’a pas de sérieuses raisons administratives, militaires ou scientifiques pour y pénétrer. Selon le rapport du Sénat, les îles Eparses sont « des sites de reproduction indispensables pour plus de 3 millions d’oiseaux de 26 espèces ainsi que pour quelques 15 000 tortues marines » ; elles offrent « des sujets de recherche uniques aux sciences de
l’univers » et constituent « un lieu d’observation privilégié des changements globaux en milieu tropical ». Enfin, le même rapport met en exergue le potentiel de coopération avec Mayotte(9) et les autres pays riverains pour la gestion des ressources naturelles de la zone.

Autrefois sur la route des épices, le Canal est devenue une voie majeure par laquelle transite une partie du pétrole exporté du Moyen-Orient. Plus récemment, la lutte contre les pirates est une raison avancée par la France pour renforcer sa présence militaire dans la zone. Il est néanmoins fort probable que l’intérêt « bien compris » de la France réside dans la Zone d’Exclusivité Economique (ZEE). La convention internationale de Montego Bay autorise en effet un pays à contrôler les ressources d’un espace maritime de 200 milles nautiques au large de ses eaux territoriales. Cette réglementation permettrait donc à la France de contrôler un espace maritime de 425 000 km2, soit deux tiers du Canal du Mozambique. Les textes sont peu clairs sur la délimitation des ZEE entre des territoires situés à moins de 400 milles nautiques, ce qui est le cas pour l’ensemble des parties en présence dans le Canal du Mozambique. L’enjeu est régional et le Mozambique a engagé quant-à lui un programme ambitieux de délimitation de ses frontières maritimes(10). Une étude menée dans ce cadre questionne le statut d’île donné aux atolls ou rochers non habités du Canal et leur légitimité à disposer d’une ZEE. Ce rapport note que le Mozambique pourrait aussi pour des raisons historiques revendiquer un droit sur Juan de Nova et Bassas da India. Enfin, le rapport souligne l’importance pour le Mozambique d’une résolution rapide des disputes sur Mayotte et les îles Eparses, pour savoir avec qui négocier ses propres frontières (France ou Comores et Madagascar).

La délimitation de ces ZEE a des implications économiques évidentes, en premier lieu en ce qui concerne la pêche. Ainsi, la secrétaire d’Etat soulignait dans son allocution du 5 octobre 2009 que « les richesses de l’océan dont nous avons la responsabilité au travers de nos ZEE doivent profiter davantage à l’ensemble de la France de l’océan Indien ». Mais depuis quelques années, des intérêts bien plus grands se profilent et génèrent une urgente nécessité de régler définitivement la question de souveraineté et de ZEE sur toute la zone du Canal du Mozambique. Déjà en 2003, une étude réalisée par TGS-Nopec, société d’exploration pétrolière, prédisait que « le Canal du Mozambique peut être comparé à la Mer du Nord dans le milieu des années soixante, lorsque la découverte d’un important gisement gazier en révéla les potentialités »(11). Ce premier gisement a été découvert dans les eaux territoriales du Mozambique. Selon TGS-Nopec, les deux gisements de pétrole découverts à Madagascar plaident aussi pour une région riche en hydrocarbure. On shore et off shore, l’exploration pétrolière et gazière couvre d’ailleurs un bon tiers du territoire malgache. Autour de Juan de Nova, la France a cédé deux permis d’exploration pétrolière, lesquels sont d’ailleurs entachés d’illégalité dans la mesure où ces permis portent sur une zone dont la frontière avec Madagascar « reste à déterminer », et… juxtaposent des permis accordés par l’Etat Malgache(12). Au Mozambique, outre le gisement gazier qui pourrait propulser l’un des pays les plus pauvres au monde au rang de pays émergent, d’autres programmes d’exploration pétrolière et gazière pourraient s’avérer positifs. Un projet de raffinerie y est en passe de voir le jour pour un investissement de plus de 6 milliards de dollars(13). Tout récemment, les Comores viennent de signer un accord de coopération avec une compagnie pétrolière portant sur l’exploration dans toutes leurs eaux territoriales(14). Madagascar et le Mozambique étaient d’ailleurs cités dans une conférence mondiale sur le pétrole organisée à Paris par IFP Énergies nouvelles et Pétrostratégies en mai dernier, où était invité le Ministre de l’Energie de Madagascar(15). Assez curieusement, le rapport du Sénat français(16) ne parle pas de ce potentiel ; pire, il suggère en annexe qu’il n’y aurait aucun intérêt pétrolier attaché aux îles Eparses. On peut se demander comment la mission sénatoriale et les experts consultés ont pu faire l’impasse sur ces importants travaux d’exploration et découvertes.

En 2009, c’est aussi le début d’une crise politique mortifère à Madagascar. L’ancien Président Marc Ravalomanana est renversé par un coup d’Etat, au profit d’Andry Rajoelina, entouré d’une poignée d’hommes d’affaires, militaires et politiciens hostiles à Marc Ravalomanana. Depuis le début de cette crise, la France manie un double langage : elle ne peut entériner ouvertement ce qu’elle a qualifié officiellement de coup d’Etat ; mais en coulisse, la diplomatie française s’active pour légitimer aux yeux de la communauté internationale le nouvel homme fort de la Grande Île, considéré comme plus favorable à la France, et empêcher le retour de l’ancien président en exil en Afrique du Sud. Si l’on en croit des diplomates proches du dossier à Antananarivo, c’est un véritable bras de fer qui se joue entre d’une part la France plus ou moins soutenue par l’Organisation internationale de la Francophonie et la Commission de l’Océan Indien, et d’autre part la Southern African Development Community (SADC), les Etats-Unis et même l’Union européenne, qui ne veulent pas laisser la France jouer sa partition françafricaine.

Depuis 2009, des observateurs de cette crise se demandent quel peut être l’intérêt de la France à Madagascar. Les deux ambassadeurs qui se sont succédés jurent qu’il n’y a que des intérêts motivés par la présence de quelques 25 000 français (dont la moitié ont aussi la nationalité malgache) et 650 entreprises françaises, et par des liens d’amitié historiques entre les deux pays. Ceci ne justifie en rien l’appui déguisé a un coup d’Etat(17) qui a mené au régime qualifié par des observateurs politiques du pire que la Grande Île ait connu depuis son indépendance, et à une situation calamiteuse, que ce soit d’un point de vue économique, démocratique, institutionnel ou humain. La mainmise sur les îles Eparses et leurs ZEE pourraient bien apporter une réponse à cette question : un dirigeant peu regardant et favorable à la France serait certainement un atout pour obtenir des accords bilatéraux sur ces îles(18). Il faut souligner en particulier que Juan de Nova se situe à 150 km des côtes malgaches, sur le plateau continental de la Grande Île, et s’intègre naturellement dans la ZEE malgache. Les ZEE françaises et malgaches sont donc dans le principe en superposition. Faute de négociation et de délimitation des limites des ZEE respectives, ou à la rigueur en l’absence d’un accord de cogestion, personne n’est propriétaire de rien(19).

Pour en revenir au pétrole, aux côtés de diverses juniors, on retrouve ici les géants comme Total, Shell, Exxon, ENI. Total est le détenteur majoritaire des droits sur le gisement de sables bitumineux de Bemolanga à Madagascar. Officiellement, il vient de renoncer à l’exploitation de ce gisement pour des raisons incertaines – environnement ou rentabilité – mais se lance dans un programme d’exploration de pétrole conventionnel plus profond sur le même bloc. On apprend également que Total aurait proposé de racheter la société Wessex qui détient 70 % du permis sur Juan de Nova, et a exprimé son intérêt à prendre une participation dans les gisements de gaz récemment découverts par ENI au large du Mozambique(20). De l’autre côté du Canal, le projet de raffinerie de pétrole compte parmi ses actionnaires Leonardo Simao, ancien ministre des Affaires étrangères du Mozambique et directeur de la Fondation de Joaquim Chissano, lui-même ancien Président du Mozambique(21). La Fondation, qui a pour vocation de promouvoir la paix et le développement économique au Mozambique(22), s’assurerait ainsi un financement en étant chargée d’une composante de la responsabilité sociale de la raffinerie. Coïncidence, ces deux hauts responsables sont médiateurs dans la crise malgache au nom de la SADC, avec Tomaz Salomao, également Mozambicain et ancien ministre des Finances de Joaquim Chissano. En juin 2011, de sérieux doutes ont plané sur la partialité, voire l’intégrité de cette médiation, lorsque celle-ci avait publié « par erreur » une feuille de route très favorable à Andry Rajoelina et très différente de la position que tenait la SADC jusqu’alors(23).

Comme l’a rappelé le PDG de Total Christophe de Margerie, « il faudra produire en 2020, 40 millions de barils quotidiens supplémentaires – quatre Arabie saoudite! l’industrie pétrolière, l’exploration des nouvelles frontières, dès lors que les conditions économiques et politiques permettent une exploitation rentable, est une question vitale »(24). Madagascar et l’Afrique de l’Est sont en passe de devenir cette nouvelle frontière du pétrole. Cette perspective est inquiétante pour plusieurs raisons. Il est difficile de voir comment la protection de l’environnement exceptionnel et sensible du Canal du Mozambique peut être compatible avec une exploitation des hydrocarbures. L’incertitude sur les frontières entre ZEE pourrait bien dégénérer en conflit larvé ou en crises politiques à répétition. Hormis la France, les Etats concernés sont parmi les plus pauvres au monde ; l’autonomie économique et la sécurité alimentaire des populations locales dépendent fortement des ressources halieutiques, et il n’est pas certain que leurs voix comptent dans un contexte politique fragile. Ces pays ne sont donc pas à l’abri comme au Nigéria, en Angola ou au Tchad, de la malédiction de l’or noir. La France semblait plus que jamais décidée à préserver ses intérêts dans le Canal de Mozambique. Il y a là une opportunité pour le nouveau gouvernement français de montrer que les engagements du candidat socialiste en faveur d’une nouvelle relation avec l’Afrique n’étaient pas de vains mots.

* Agnès Joignerez est spécialiste en environnement et développement durable, basée a Madagascar.
Contact : agnesjoignerez@yahoo.fr

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Notes
1 « Juan de Nova, du gaz dans l’eau entre Madagascar et la France ». par Patrick Rakotomalala » (Lalatiana Pitchboule), 23 mars 2012, in www.madagascar-tribune.com & survie.org
2 Résolution 34/91 du 12 Décembre 1979 & Résolution 35/123 du 11 Décembre 1980. Organisation des Nations unies.
3 « Le statut, aux yeux de l’Union Européenne, de « pays et territoire d’outre-mer » des TAAF offre à notre pays la possibilité d’y siéger indépendamment de l’Union européenne et donc, potentiellement, d’y défendre une position originale, notamment dans l’intérêt bien compris de cette France de l’océan Indien dont les TAAF sont la composante maritime majeure ». Allocution de Marie-Luce Penchard, secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer. Colloque « Iles Eparses, Terres d’avenir », Sénat, 5 octobre 2009
4 « Juan de Nova, du gaz dans l’eau entre Madagascar et la France », ibid.
5 Résolution 31/4 du 21 octobre 1976. Organisation des Nations unies.
6 Allocution de Marie-Luce Penchard, ibid.
7 Rapport d’information n° 299 enregistré à la Présidence du Sénat le 17 février 2010, sur les îles Éparses, par M. Christian Cointat, sénateur.
8 Leur préservation écologique est indissolublement liée à une présence permanente et à la pérennité des moyens de desserte aérienne et maritime. Allocution de Marie-Luce Penchard, ibid.
9 « Le parc naturel marin de Mayotte créé en 2010 s’étend sur près de 70 000 km², et compte près de 200 km de récifs coralliens ». Rapport d’information n° 299, Sénat, ibid.
10 Maritime boundaries delimitation, management and dispute resolution. Delimitation of the Mozambique maritime boundaries with neighbouring states (including the extended continental shelf) and the management of ocean issues. Elisio BeneditoJamine. The United Nations and Nippone fellowship programme 2006-2007. Division for Ocean Affairs and the Law of the Sea. Office of Legal Affairs. United Nations, NY, USA
11 Panapress, « Le canal du Mozambique aurait d’importantes réserves de pétrole », juin 2003.
12 « Juan de Nova,du gaz dans l’eau entre Madagascar et la France », ibid.
13 www.macauhub.com.mo. Nova refinaria no sul de Moçambique custa 6,7 mil milhões de dólares. 4 septembre 2008.
14 Mozambique Channel Discovery Ltd : avis concernant un Accord d’assistance technique et d’exploration pétrolière et gazière avec les Comores. 6 juin 2012 L9
15 http://bourse.lefigaro.fr. Fabrice Nodé-Langlois. 4 Mai 2012. Madagascar, nouvelle frontière pétrolière
16 Rapport d’information n° 299, Sénat, ibid.
17 « Les fantômes de Madagascar. La France, acteur-clé de la crise malgache » par Thomas Deltombe, mars 2012. Le Monde Diplomatique.
18 « Juan de Nova, du gaz dans l’eau entre Madagascar et la France », ibid.
19 « Juan de Nova, du gaz dans l’eau entre Madagascar et la France », ibid.
20 www.info-express.ma. « Total veut acquérir une société d’exploration pétrolière britannique opérant au Maroc ».
21 www.macauhub.com.mo. Nova refinaria no sul de Moçambique custa 6,7 mil milhões de dólares. 4 septembre 2008.
22 http://www.fjchissano.org.mz
23 http://www.madagascar-tribune.com. 15 septembre 2011
24 http://bourse.lefigaro.fr. Fabrice Nodé-Langlois. 4 mai 2012 . Madagascar, nouvelle frontière pétrolière.


  

Géopolitique de l’Océan indien

Par Chalotte Bezamat-Mantes       Diploweb.com. 


La France est un acteur de l’Océan indien de par ses possessions territoriales dans cet espace maritime. Sur les 22 millions de km² que couvre cet Océan, elle possède 2,8 millions de km² de ZEE (Zone Économique Exclusive) pour un espace maritime français de 11 millions de km² au total : les possessions françaises , concentrées dans le Sud-ouest, ne sont donc négligeables ni à l’échelle de la France, ni à celle de l’Océan indien. L’importance de la présence de la France se mesure aussi à ses investissements dans la zone, qui en font le 1er investisseur européen dans la région. Corollaire de cette assise territoriale, la présence de la marine française s’est affirmée depuis 1971, en relais de l’effacement britannique dans cet espace, et alors que les États-Unis y sont encore peu présents.

CET ARTICLE se propose de mettre en forme les réflexions qui ont été tenues par les intervenants de la conférence à l’Ecole militaire [1], réorganisées suivant quatre axes : définition de l’espace que désigne l’Océan indien ; exposé des enjeux particuliers à ce territoire ; présentation des stratégies des acteurs impliqués ; et enfin, questionnement sur les perspectives de l’Océan indien.

I. Comment définir l’Océan indien ?

Avant de pouvoir se pencher sur les enjeux liés à l’Océan indien, il faut d’abord se poser la question de l’espace que ce nom désigne.

A première vue, on peut considérer que l’Océan indien désigne simplement les pays qui bordent ses rives ; pourtant, dès lors que l’on s’interroge sur la dimension de centre de gravité de cet espace, il faut envisager de prendre en compte non seulement la carte des territoires (les pays qui y ont une assise territoriale, comme l’Inde ou la France via ses DOM-TOM), mais également la géographie des flux de marchandises (qui est nécessaire sur les capacités de projection : T. Degos fait ainsi remarquer que la France n’a aujourd’hui plus les moyens d’agir seule sur ses théâtres d’opération dans l’Océan indien, ce qui influence ses stratégies d’alliance.

États ayant des capacités de projection d’échelle régionale.

La Chine ou l’Inde font figure de puissances régionales au sein de l’Océan indien, mais n’ont pas (encore) les moyens matériels ou les savoir-faire pour étendre leur sphère d’influence à l’extérieur de cet espace.

Pays aux capacités de projection limitées.

Les marines de ces pays peuvent assurer un rôle de défense des eaux territoriales et de la Zone Économique Exclusive (ZEE) et de garde-côtes, mais n’ont pas les moyens de projeter leurs forces au-delà de cette sphère. Certains pays ont néanmoins l’ambition de passer de ce stade à celui de puissance régionale : l’Iran en fait partie, qui cherche à élargir son action au-delà du Golfe, dont la protection est l’affaire des Gardiens de la Révolution, en développant sa marine qui elle intervient en haute mer ; sortir de sa politique actuelle de détroit lui ouvrirait une porte vers l’extérieur, hors du Golfe sous domination américaine et peut-être bientôt arabe.

Quels sont les enjeux pour la France dans l'océan Indien ?

 Roger-Lacan liste les enjeux pour la France dans cet espace maritime comme étant les suivants : défense de la liberté de navigation, maintien de l’équilibre entre puissances régionales, coopération de développement, protection des ressortissants et exercice de la souveraineté [7]. Les intérêts de la France sont aussi économiques : sa ZEE importante lui donne accès à des ressources sous-marines, halieutiques, minérales (terres rares) et en hydrocarbures.

Pour Ph. Folliot, la France a une situation exceptionnelle grâce à son positionnement dans l’Océan indien, qui devrait lui permettre, si elle se donne les moyens d’avoir une politique à long terme pour mettre en valeur ces atouts, de faire face aux défis qui surgiraient à l’horizon 2050 : démographie, questions énergétiques, approvisionnement en ressources alimentaires.

IV. Quelles sont les perspectives de développement et les enjeux potentiels pour l’Océan indien ?

Quel organe de défense ?

L’autre principal problème de l’Océan indien, hormis le risque d’un conflit ouvert entre deux pays, est celui de la piraterie. Pour V. Roger-Lacan toutefois, celle-ci est dite stabilisée : cela pose la question du retrait des forces destinée à lutter contre elle. Dans quel cadre d’action alors (multilatéral, bilatéral…) la sécurité de cet espace maritime serait-elle alors assurée ? La question fait d’autant plus débat que, comme l’explique la représentante spéciale pour la lutte contre la piraterie maritime, les États riverains ne sont pas encore aptes à supporter leur part du fardeau.

Un espace indo-pacifique ?

Suite au discours de la Secrétaire d’État Hillary Clinton en janvier 2010 sur le tournant de la politique étrangère américaine –amenée à se recentrer sur le continent asiatique et donc sur l’Océan Pacifique– le Secrétaire à la Défense américain Leon Panetta précise dans un discours en 2012 que le « pivot asiatique » inclut également l’Inde et l’Asie du Sud, qui sont positionnées dans l’Océan indien. Le rapprochement de ces deux océans en un espace continu a ainsi donné naissance à l’idée d’une interface ‘indo-pacifique’, dont la cohérence spatiale reste toutefois encore à vérifier.

Une façade sud-ouest oubliée ? 

La façade africaine de l’espace maritime n’est pas aussi développée que le nord et l’est, dont l’activité est portée par le dynamisme économique de l’Asie du Sud-Est voisine. Pourtant, des acteurs tels que l’Australie ou le Japon envisagent une alliance avec l’Inde pour établir ensuite un lien entre l’interface indo-pacifique et la côte africaine, ce qui pourrait redessiner la carte des dynamiques économiques et des flux de marchandises.

Multipolarité globale et interne

On trouve dans les acteurs de l’Océan indien deux pays dit émergents : l’Inde et la Chine. Pour H. Védrine, il faudrait d’ailleurs plutôt parler de puissances ré-émergentes. Avec l’ascension de ces deux pays vers le statut de puissance régionale, ne se dirige-t-on pas vers une multipolarité des puissances dans l’Océan indien ? Celle-ci peut-elle conduire à un équilibre des forces, ou se traduira-t-elle au contraire par un conflit armé ouvert ?

Cette réémergence se produit dans un cadre où la multipolarité globale fait débat : le statut de puissance régionale des BRIC –bien qu’il reste à vérifier dans les faits– remet en cause l’hégémonie des puissances traditionnelles et ouvre la voie à une multiplication des pôles de puissance. Dans ce cas, l’Océan indien ne serait pas ‘le’ nouveau centre de gravité mondiale, mais ‘un’ des centres ; cela fait d’autant plus sens si l’on replace cet espace dans un contexte plus global, à savoir que l’Océan indien trouve son prolongement (de flux, d’activités) dans l’Atlantique et tient son statut de zone de transit mondial majeur de par la proximité du Pacifique. J.-L. Racine parle ainsi d’une «  pluralité des centralités » plutôt que d’un centre de gravité mondial.

Un centre, mais pour combien de temps ?

Même si l’on admet le caractère central de l’Océan indien dans le commerce international, se pose la question de savoir si l’évolution de l’économie mondiale va continuer à privilégier cet océan.

Ainsi en 2013, un brise-glace chinois a relié Shanghai à Rotterdam, non pas en transitant par l’Océan indien, mais en passant par la route des pôles. Si une telle nouvelle route était ouverte, la centralité de l’Océan indien en tant que zone de transit majeure pourrait être remise en question.

D’autre part, les négociations actuelles sur des accords commerciaux pourraient remettre en cause le caractère central de ce couloir de passage. L’accord TransPacifique, dont l’ensemble des partenaires comptent pour 40 % du PIB mondial [8], exclut ainsi la Chine, tandis que le Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP) entre les États-Unis et l’Union européenne rappelle la place encore centrale qu’occupe l’espace atlantique dans le commerce mondial.

Copyright Décembre 2013-Bezamat-Mantes/Diploweb.com


Intervenants à la conférence

« L’Océan indien, nouveau centre de gravité mondial ? » 5 décembre 2013, École militaire, Paris

Ouverture : Hubert Védrine, ancien Ministre des Affaires étrangères.

Océan indien, zone de fracture et espace d’affrontement culturel ?

. Olivier Guillard, directeur de recherche Asie à l’IRIS.

. Jean-Luc Racine, directeur de recherche émérite Inde et Asie du Sud au CNRS.

. Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite Inde et Iran au CNRS.

Panorama des enjeux et problématiques maritimes et navals

. Dominique Guillemin, Service historique de la Défense, division Marine.

. VAE Bruno Nielly, ancien commandant de la zone maritime Océan indien, directeur de DCI-NAVFCO.

. Paul Tourret, directeur de l’ISEMAR.

Quels intérêts pour l’Europe et la France en Océan indien ?

. Jonathan Holslag, Brussels Institute of Contemporary China Studies.

. Thomas Degos, préfet, directeur général des Outre-mer.

. Véronique Roger-Lacan, représentante spéciale pour la lutte contre la piraterie maritime, Ministère des Affaires étrangères.

Clôture : Philippe Folliot, député, secrétaire de la commission de la défense nationale et des forces armées.

 

[1« L’Océan indien, nouveau centre de gravité mondial ? » 5 décembre 2013, École militaire. Présentation en pied de page.

[2D’après Paul Tourret, seuls 20 % des approvisionnements énergétiques de l’Union européenne et des États-Unis proviennent du Moyen-Orient.

[3Le livre blanc de la défense chinoise d’avril 2013 précise que la Chine devra réussir à défendre ses intérêts, y compris maritimes et outre-mer.

[4Jean-Luc Racine rappelle que le PIB de la Chine vaut 4 fois celui de l’Inde, ce qui ne place pas ces puissances dites émergentes au même niveau de capacités d’équipement. Le facteur de la fongibilité des moyens peut toutefois amener à nuancer ces écarts de capacité.

[6Ces possessions sont sous le statut de PETOM, Pays et Territoires d’Outre-Mer, parmi lesquels on trouve notamment les Terres australes et antarctiques françaises, composées en majorité d’îles dans l’Océan indien, et des départements, tels Mayotte et la Réunion.

[7Par exemple dans le cas du contentieux avec l’île Maurice à propos de la souveraineté relative à l’île de Tromelin.

[8legrandsoir.info/publication-de-l-accord-secret-de-partenariat-trans-pacifique-chapitre-portant-sur-la-propriete-intellectuelle-wikileak


L’océan Indien, nouveau centre du monde ?

Par Thomas MARRIER D’UNIENVILLE

Pourquoi l’océan Indien est-il crucial dans la géopolitique mondiale ? Si régner sur l’océan Indien est l’objectif de beaucoup, la Chine est le pays qui s’en approche le plus. La montée en puissance de l’Inde révèle que la domination par une seule entité semble cependant peu probable. Illustré d’une carte inédite réalisée par Florent Amat.

ALFRED Thayer Mahan, officier de la marine américaine au XIXe siècle s’exprimait en ces mots : « La puissance qui dominera l’océan Indien contrôlera l’Asie et l’avenir du monde se jouera dans ses eaux » [1]. Le Général de Gaulle affirme un siècle plus tard : « L’activité des hommes se tournera de plus en plus vers la recherche de l’exploitation de la mer. Et, naturellement, les ambitions des Etats chercheront à la dominer pour en contrôler les ressources ». Outre ces considérations, nous pouvons aisément parler de l’océan Indien comme clef de voûte dans le rééquilibrage des puissances. Troisième plus grand océan du monde, il est au coeur de bons nombres d’enjeux. Ce territoire maritime est la plaque tournante permettant la projection vers l’Asiel’Europel’Afrique. Il est le centre du marché pétrolier mondial et abrite la plus grande autoroute maritime commerciale [2]. Aussi, ses littoraux sont bordés par de nombreux pays dont les conflits suscitent la crainte de la communauté régionale d’abord, de la communauté internationale ensuite. Il nous faut donc comprendre en quoi cet océan est crucial dans la géopolitique mondiale afin de démêler les différentes perspectives et réactions engagées par chacun des acteurs. Dans un premier temps, nous établirons un constat : si régner sur l’océan Indien est l’objectif de tous, la Chine est le pays qui s’en approche le plus. Dans un second temps, nous constaterons qu’un nouveau paradigme semble se mettre en place progressivement. La montée de l’Inde nous révèle que la domination par une seule entité semble peu probable.

L'océan Indien, nouveau centre du monde ?
Carte de l’océan Indien, nouveau centre du monde ?
Cliquer sur la vignette pour agrandir cette carte de l’océan Indien. Un espace maritime hautement stratégique... convoité par des puissances rivales. Conception T. Marrier d’Unienville. Réalisation : F. Amat pour Diploweb.com, 2019.

I. L’océan Indien : prisé par les grandes puissances, dominé par aucune d’entre elles. 

Chacun  pour soi ?

L’océan Indien, espace géostratégique de par ses enjeux économiques et politiques majeurs, connaît une hausse des tensions. Cet espace névralgique regroupe de nombreux enjeux cruciaux notamment pour l’Europe et l’Asie. Il abrite plus de la moitié des réserves mondiales en hydrocarbures et en uranium, plus de trois quarts des ressources en diamants, ainsi que presque la moitié des réserves d’or et de gaz [3] [4]. Par cet espace maritime, transite une part très significative de l’économie mondiale [5]. Les Etats-Unis, disposant de flottes militaires tout autour du globe, sont particulièrement influents sur cette zone géographique, l’île de Diego Garcia représentant leur foyer le plus précieux. Evidemment, ils ne sont pas seuls à couvrir ce vaste territoire : l’Inde, la Chine, le Royaume-Uni et la France sont également des acteurs majeurs.

Les puissances telles que l’Inde, la Chine, les Etats-Unis ou la France, cherchent à protéger leurs intérêts commerciaux et à pérenniser la stabilité sur ce territoire. L’Inde, par exemple, est progressivement devenue un élément incontournable des relations internationales. Elle cherche notamment à contrer la Chine, qui s’investit dans l’océan Indien.

Pour ce faire, elle renforce ses forts maritimes, lui donnant ainsi le statut de puissance mondiale. Elle cherche aussi à obtenir un deuxième porte-avions. De son côté, la France dispose d’une présence permanente sur l’océan Indien. Celle-ci est de facto assurée par ses territoires d’outre-mer, ses bases militaires à Djibouti et à Abu Dhabi, ainsi que par ses accords et coopérations de défense avec les Comores, Madagascar, les Seychelles, Maurice, les Emirats Arabes Unis et l’Inde.

C’est pour cela qu’il leur faut protéger l’axe Shangaï-Rotterdam : les nouvelles routes maritimes de la Soie. Les zones à risques sont notamment le golfe d’Aden et le détroit de Malacca puisque 30% du commerce mondial y transite. En effet, l’océan Indien est fortement touché par la piraterie maritime qui pullule notamment le long des côtes est-africaines, autour de la Corne de l’Afrique, elle sillonne la mer Rouge, et s’étend jusqu’aux littoraux d’Oman. La piraterie somalienne y a été très active. Puisque près d’un tiers de l’approvisionnement en énergie européen y transite, ces cibles sont prisées par leurs navires. Le golfe d’Aden en particulier est qualifié en 2011 comme zone maritime la plus dangereuse au monde, avec 49 navires attaqués dont 1016 marins pris en otage [6].

Cependant, grâce à la présence des forces maritimes européennes Atalante, des Etats-Unis, et de l’OTAN, ces chiffres tendent à baisser. En 2012, l’International Chamber of Commerce rapporte que l’on compte 15 navires attaqués et 62 otages. Ces coalitions contribuent à réduire la piraterie au large des côtes.

Autre zone sensible de l’océan Indien ayant un impact sur les relations internationales, le golfe Persique et les ambitions nucléaires iraniennes le long du plus gros foyer pétrolier mondial, n’aident pas à la stabilité de cet espace. L’Iran estime que l’océan Indien est sa zone d’opération principale. Il est donc très actif dans une zone qui s’étend du détroit de Malacca, jusqu’au détroit de Bab El-Mandeb en passant par le détroit d’Ormuz [7].

Sur cette aire géostratégique, les Etats-Unis se placent en garants de la stabilité régionale et leur présence navale à Diego Garcia et au Bahreïn notamment (Ve Flotte) sont des points d’appui. Washington coordonne de nombreux exercices maritimes dans la région avec la participation de forces alliées.

Aussi, à travers l’OTAN, ils font partie de la Combined Task Force 151 et de l’opération Ocean Shield, organes luttant contre la piraterie dans le golfe d’Aden. Les Etats-Unis ne sont donc pas seuls dans la région, au contraire. Le Japon a été un élément précurseur dans la lutte contre la piraterie du golfe d’Aden, en y implantant une base à Djibouti en 2010. L’Australie dispose d’une présence navale significative dans l’océan Indien, où l’essentiel de sa flotte est stationné à la base navale de Stirling, sur le littoral opposé à Brisbane.

Parmi les puissances dites « secondaires » actives dans l’océan Indien, le Pakistan, Singapour, la Malaisie et la Corée du Sud sont en tête. En outre, l’Union européenne est également omniprésente de par la présence française significative à Mayotte et à l’île de la Réunion, ou la présence britannique sur les Chagos. L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, la Grèce, la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie, Etats membres de l’Union européenne, relèvent du Comité spécial de l’océan Indien des Nations unies. Cet organe a été créé dans le but de faire de l’océan Indien une zone de paix, et ainsi de renforcer la stabilité et la durabilité de la paix régionale.

L’océan Indien regroupe un bon nombre de puissances. Toutes prétendument présentes pour la consolidation de la zone de paix. Si ces puissances servent les intérêts d’autrui, elles servent en premier lieu leurs intérêts. Les enjeux de pouvoir motivent souvent si ce n’est toujours les puissances à rendre hybrides voire discordants leurs discours. Le plus grand porte-conteneurs français - Saint Exupéry - inauguré en septembre 2018, en est la muse. Il témoigne de la volonté de la France de rivaliser avec les navires américains et chinois. Une telle variété de puissances dans une même région dans le but de soutenir leurs intérêts propres et ceux d’autrui est-elle vraiment source de stabilité ?

Cette question trouve une première réponse dans l’absence d’accord global concernant la sécurité maritime dans l’océan Indien, et ce malgré les initiatives de l’Organisation Mari- time Internationale. Nonobstant, les outils de coopération tels que l’Association des Etats riverains de l’océan Indien ou encore l’Indian Ocean Naval Symposium (IONS) [8] prennent le contrepied.

Porte-conteneurs chinois dans l’océan Indien
Source : Pixabay

Essor annoncé de la Chine

L’économie et la sécurité énergétique de la Chine dépendent indéniablement des routes maritimes de l’océan Indien passant par le principal point de passage : le détroit de Malacca, par lequel transitent près de 80% des imports d’hydrocarbures chinois. Cette dépendance suscite la crispation et donc la réaction de la Chine qui décide de gonfler ses forces armées et son poids économique dans la région. Elle peut ainsi contrer l’Inde qui, elle aussi, est en pleine expansion dans la région [9].

Les alliés américains tels que le Japon ou la Corée du Sud dépendent également de ce seul point de passage entre l’océan Indien et la mer de Chine méridionale pour ces mêmes motifs. Seulement, les besoins de la Chine en hydrocarbures étant nettement plus conséquents, des déviations de routes pour la Corée du Sud et le Japon n’ont guère le même impact.

La première utilisation de l’expression « collier de perles » pour nommer les implantations chinoises dans l’océan Indien et ses rives date de 2004. Elle figure dans un rapport du département de la Défense américain. Ce rapport affirme qu’un renforcement de l’influence régionale chinoise pourrait mener à une perturbation des transits d’hydrocarbures vers les Etats-Unis, notamment à cause de la friction concernant Taïwan.

Universitaires et journalistes, entre autres, parlent d’une volonté de Pékin de dominer la région de l’océan Indien. Certains évoquent plutôt une ambition du gouvernement chinois de continuer à élargir le rayon d’intérêts commerciaux et de sécuriser ses lignes maritimes contre toute perturbation [10].

Même si la présence chinoise dans cet océan peut renforcer son influence, dans le même temps, lors de tensions ou conflits, cela expose et fragilise ses infrastructures.

Puisque l’économie chinoise repose essentiellement sur les routes maritimes de l’océan Indien, il paraît logique que le gouvernement cherche à protéger ce lieu de transit, et donc ses intérêts. Entre la piraterie autour du golfe d’Aden par exemple, et de potentielles perturbations commerciales menées par l’Inde ou les Etats-Unis, les dirigeants chinois ont de quoi s’inquiéter.

Ces efforts mis en place par la Chine sont encore embryonnaires mais leur objectif est limpide aux yeux de la communauté internationale : afin de maintenir et soutenir ses forces militaires dans la région, il lui est indispensable d’avoir des points d’accroches terrestres. La base de Djibouti est, quoique les dirigeants chinois disent, un moyen de projeter sa puissance.

II. L’océan Indien : hégémonie(s) régionale(s) ? L'Inde un acteur incontournable ?

Le paradigme actuel de l’océan Indien fait l’objet de nombreuses interrogations. Compte tenu du contexte actuel, deux constats peuvent être émis.

Premièrement, l’équilibre des puissances maritimes de la région tend à se modifier. De par l’émergence et la projection de puissance de la Chine et de l’Inde, les Etats-Unis ne seront plus considérés comme la puissance maritime dominante de l’océan Indien. Pour autant, comme le montrent bon nombre d’études, les Etats-Unis se maintiendront en acteur majeur et conserveront la flotte navale la plus avancée [11].

Ensuite, la puissance maritime de la Chine tend à égaler sa puissance économique. Malgré une présence limitée dans le détroit de Malacca et le golfe du Bengale à ce jour, ses investissements à Djibouti, à Gwadar et dans le littoral du nord de l’océan Indien lui permettront de sécuriser son influence maritime régionale [12]. Néanmoins, malgré de lourds investissements dans l’expansion et la modernisation de sa puissance navale, celle-ci tend à devenir opérationnelle lentement.

L’Inde, la plus grande puissance parmi les Etats de la région, cherche à renforcer sa présence militaire. Elle s’investit au détroit de Malacca en érigeant une base navale aux îles Andaman et Nicobar, et afin de garder un point d’appui au détroit d’Ormuz et au canal du Mozambique elle a cherché à s’implanter sur l’île de l’Assomption aux Seychelles. Puisque cela n’a pas abouti, l’Inde va devoir chercher ailleurs.

De surcroit, l’Inde étend son spectre d’action en se rapprochant des puissances actives dans la région. 2017 est un tournant dans cette expansion indienne. Les Etats-Unis et l’Inde ont conclu un accord dans le but de faciliter l’accès aux bases militaires américaines dans la région, notamment à Diego Garcia, pour la marine indienne et son armée de l’air. Un accord est signé afin d’autoriser l’accès à la base navale de Changi à l’extrémité orientale de Singapour. La France a également autorisé l’accès à ses bases clefs, celles de Djibouti et de la Réunion inclues.

Aussi, l’Inde bâtit des relations stratégiques dans le golfe Persique. Après des années de négociations, l’Inde et l’Iran sont tombés d’accord pour : 1) moderniser, 2) agrandir le port de Chabahar afin de contrôler le détroit d’Ormuz. Ce port peut devenir la nouvelle destination finale de l’autoroute commerciale connectant l’océan Indien, l’Asie centrale et orientale, et la Russie. A terme, ce port pourrait être utilisé à des fins militaires par le sous-continent.

Par ailleurs, le corridor commercial permettant le transit de marchandises entre le golfe Persique et l’Asie centrale avec Oman, l’Iran, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et la Russie, décuple l’influence de l’Inde dans la région [13].

Enfin, suite à sa visite de février 2018 à Oman, le Premier ministre Narendra Modi a conclu un accord permettant l’accès au port de Duqm pour les navires de la marine indienne, l’accès aux bases aériennes omaniennes pour l’armée de l’air indienne et une zone de stockage pour les superpétroliers indiens. Grâce à ce point d’appui supplémentaire qui lui permet de projeter sa puissance vers le détroit d’Ormuz, l’Inde peut garder un oeil sur la Chine basée sur la rive opposée, à Gwadar.

Vers un nouvel équilibre des puissances?

L’océan Indien fait l’objet de nombreuses expansions géopolitiques dans sa région. Elles seront sources de changements considérables dans ce que Joseph Nye nomme « the balance of power » [14]. A ce jour, aucune puissance maritime ne peut être qualifiée comme ayant l’ascendant sur les autres, les Etats-Unis étant une puissance extra-régionale.

En d’autres termes, l’avenir de l’océan Indien est incertain. Si l’on se base sur les études existantes, la majorité anticipe que les Etats-Unis ne seront bientôt plus la puissance dominante de l’océan Indien, et ce de par l’émergence et le renforcement de l’Inde et de la Chine [15].

Dans le même temp, il est aussi clair que les Etats-Unis ne quitteront pas la région et garderont une place significative dans l’échiquier régional. La Chine, elle, tend à croître de la même manière sur le plan maritime que sur le plan économique. Sa croissance et son omniprésence dans la région de l’océan Indien seront équivalentes à celles dans l’économie mondiale.

Même dans le cas de figure où la Chine restreindrait ses positions au golfe du Bengale et dans le détroit de Malacca, ses investissements au port de Gwadar complètent son projet de collier de perles et renforcent son assise aux alentours du golfe d’Oman et donc sur un autre point stratégique de l’océan Indien. Aussi, la Chine est-elle un acteur clef dans la lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden depuis maintenant une dizaine d’années.

En ce qui concerne l’Inde, son émergence en tant que puissance maritime est teintée d’incertitude. L’Inde modernise sa marine créée en 1950 depuis la fin du siècle dernier, soit la même période que pour la Chine, et deux siècles après les Etats-Unis, qui ont créé leur marine à la fin du XVIIIe siècle. L’Inde a donc du retard sur ses adversaires. Hormis le rayon d’action que lui accordent ses bases et ses positions navales dans l’océan Indien, elle a du mal à se projeter au-delà. Ceci étant dit, sa position géographique (sa localisation : entre le Moyen-Orient et l’Asie de l’Est, mais aussi au beau milieu de la plus grande autoroute commerciale, et enfin ses plusieurs îles sur cet océan), qui plus est stratégique dans la région, lui p un effet de levier considérable auprès des puissances périphériques (France, Chine, Etats-Unis, Iran…). Son avenir en tant que puissance maritime parmi les trois premières puissances maritimes de la région dépend uniquement des capacités et des effectifs de sa flotte navale. Pour la quatrième puissance militaire mondiale, la carte à jouer est celle d’investir dans des infrastructures permettant d’accroître ses capacités expéditionnaires, et ainsi sa projection de puissance dans la région, éléments dont manquent parfois des puissances telles que la Chine et les Etats-Unis.

Si tu veux la paix, prépare la guerre (Si vis pacem, para bellum ?)

Du golfe Persique aux côtes Est-africaines en passant par la Malaisie, les côtes australiennes et enfin l’Antarctique, l’océan Indien couvre plus de soixante-dix millions de kilomètres carrés [16]. Les pays qui forment ses littoraux, au nombre de trente, accueillent un tiers de la population mondiale. Cet immense espace maritime est donc un élément qui ne peut être négligé par l’étude des relations internationales.

En effet, il permet l’accès à l’Europe et l’Asie via le golfe Persique et le Canal de Suez. Un quart de la production mondiale en pétrole transite par le détroit d’Ormuz, mais encore 3,8 millions de barils chaque jour par le détroit de Bab El-Mandeb en 2015 [17]. En d’autres termes, il s’agit d’une Route de la Soie 2.0. Cette agora constitue un lieu de passage phare entre les marchés européens, asiatiques, africains et du Moyen-Orient. Par ailleurs, cet espace maritime, qui manque de cohésion politique et sécuritaire, abrite de nombreux différends territoriaux non-résolus [18]. Ils naissent des cendres de la colonisation et demeurent nonchalamment occultés.

Ses littoraux connaissent la lèpre des réseaux extrémistes, terroristes, tels qu’Al Qaeda, Daesh, et d’autres mouvements satellites. Cette ramification empoisonnée est un enjeu de taille pour la sécurité globale. En haute mer, c’est la loi des pirates qui prévaut. Ces voies maritimes pour les biens, denrées alimentaires et ressources, logent également des trafics d’armes, de drogues et d’humains.

Ce noeud de congestion peut tout à fait être considéré comme source de dissensions, voire une zone propice à un conflit mondial. Ce carrefour stratégique révèle que le pays qui parvient à asseoir son influence au nord de l’océan Indien a la capacité de contrôler la production et le transit du pétrole allant du Moyen-Orient à l’Europe et l’Asie. Il en est de même pour les marchandises, ce qui lui permet d’imposer ses règles au monde. Puisque quête du pouvoir et domination vont de pair avec dissentiment et contestation, il serait irrationnel et déraisonnable de penser qu’aucune friction n’est à venir.

La France qui possède la deuxième Zone Economique Exclusive (ZEE) du monde grâce à ses territoires d’outre-mer, et dont un quart est situé dans l’océan Indien, n’est pas occultée de tous les éléments traités précédemment. La France est de facto parmi les puissances les plus engagées, sur le plan militaire particulièrement, et contribue à la stabilité de la région. Le récent rapprochement auprès de l’Inde indique que cela n’est pas près de cesser. Elle cherche à se rendre indispensable.

Au demeurant, l’océan Indien donne accès au Moyen-Orient, l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Qui le contrôle tient le monde, mais qui y parviendra ?

Copyright Février 2019-Marrier d’Unienville/Diploweb  

territoires britanniques dans l'océan Indien



Ces deux cartes montrent l'emplacement géostratégique des possessions anglaise dans l'océan Indien : pas de grands territoires mais des petits territoires idéalement répartis dans cet espace,, au milieu de l'océan entre l'Afrique et l'Asie.
Ce qui leur permet de revendiquer de grands espaces maritimes et aériens
et de contrôler toute la région avec leurs alliés américains installés dans la base de Diego Garcia. Les anglais ont arrêté les japonais qui cherchaient à s'emparer de Madagascar pendant la 2e GM
 Ils ont proposé aux sionistes de les installer à Madagascar en 1948, chose que les sionistes ont refusé préférant s'installer en Palestine. (La Palestine était sous mandat britannique, on connaît la suite)
La prochaine étape nous mènera en Amérique.
Merci de votre fidélité à ce blog
À très bientôt.
 

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